Histoire de notre calendrier et des années bissextiles

Je profite de la dernière année bissextile du millénaire pour vous poser la question bateau: l'année 2000 sera-t-elle bissextile ou non ?

Répondre à cette question apparemment simple implique une bonne connaissance de notre calendrier...

L'astrologie est une science du temps, et la connaissance, l'histoire de l'instrument de mesure du temps, le calendrier, me parait indispensable à tout astrologue. j'en profite pour vous tracer une petite histoire de notre calendrier, sans laquelle les recherches historiques anciennes deviennent entachées d'erreur (qui n'a pas cherché la mythique étoile de Noël ? )

1/ Les calendriers primitifs

Regardant le ciel, la première mesure évidente du temps pour les civilisations les plus antiques fut de découper une année en lunaisons; le retour cyclique des saisons et des pleines lunes fut la base du calendrier, de la notion d'année (rythme des saisons) et de mois (rythme des lunaisons).

Ainsi, dans l'antiquité occidentale, les premiers calendriers furent soli-lunaires, essayant autant que possible de retrouver le rythme des lunaisons pour découper une année en 12 mois. Mais la difficulté vint du fait qu'il n'y a pas un nombre entier de jours dans une lunaison ( entre 29 et 30 jours), ni un nombre entier de lunaisons dans l'année (entre 12 et parfois 13). Aussi les premiers calendriers occidentaux furent des ébauches qui s'affinèrent au cours des siècles, à mesure que les calculs furent plus précis.

Le problème posé, pas simple, est de synchroniser un calendrier annuel de 365,2422 jours avec un mois lunaire de 29,5306 jours, ce qui nous donne 12,3683 lunaisons par an.

Chez les Romains, le calendrier dit " de Romulus " comportait seulement 355 jours, découpés en 12 mois ( après une première période de 10 mois seulement, de Martius à December) !

L'année commençait par un mois dédié au dieu préféré des Romains, Mars. Elle comportait:

Martius (31 jours), Aprilis (29 jours), Maius (31), Junius (29), Quintilis (31), Sextilis (29), September (29), October (31), November (29), December (29), Januarius (29) et Februarius (28).

Inutile de souligner que de Quintilis à December, le nom des mois venait de leur rang dans l'année ( du 5ème au 10ème).

Ces 355 jours seulement feraient rapidement dériver le calendrier, aussi l'on rajouta un mois supplémentaire (Mercédonius) tous les deux ans, placé curieusement entre le 23 et 24 Februarius. (Le 23 était le jour des fêtes de fin d'année, " Terminalia ").

Rome connaissait alors un véritable désordre dans le décompte des jours et des années. Le droit d'intervention des Pontifes, qui faisait du calendrier un puissant moyen de fraudes (avance et retard des échéances, prolongation des magistratures) avait conduit à un décalage complet de la célébration des fêtes et l'on en arrivait à fêter les moissons en plein hiver!

Aussi Jules César, en l'an 708 de Rome (= 46 avant JC), décida de remédier à cette anarchie.

2/ Le calendrier JULIEN.

Décidé donc par Jules César, d'où son nom, il fut élaboré plus sérieusement, sur les conseils de Sosigène, un astrologue d'Alexandrie, qui décida de " coller " au plus près d'une année qu'il avait estimée à pratiquement 365,25 jours.

La solution était alors des années de 365 jours, avec un jour supplémentaire tous les 4 ans.

Cette année 708 fut une véritable confusion, car pour rattraper le retard accumulé au cours des années précédentes, elle comporta 445 jours !

Ce jour supplémentaire tous les quatre ans prit le remplacement du mois Mercedonius, au 24ème jour de Februarius. En effet, l'ordonnance des jours était bien établie entre jour faste et jour défavorable, et il ne fallait pas toucher cette ordonnance en rajoutant un autre numéro. Ainsi, tous les 4 ans, il y avait 2 fois un 24 .

Comme ce 24 Februarius s'appelait " ante diem sexto calendas Martius " (le 6ème jour avant les calendes de Mars), le jour doublé pris le nom de " Bissexto Calendas Martius ", d'où le nom actuel de bissextil.

Le grand Jules, avec toute sa simplicité coutumière, s'appropria aussi, pendant qu'on y était, le 5ème mois (il ne fallait pas froisser un dieu en le dépossédant d'un mois): Quintilis devint Julius... (=>Juillet).

Ainsi naquit le calendrier julien, mais les édiles de l'époque comprirent mal le calcul de Sosigène, et appliquèrent un jour bissextil tous les 3 ans au lieu de tous les 4 ans. (de 46 av JC jusqu'à 8 avant JC).

Pour rattraper cette erreur, l'empereur Auguste ( qui en profita d'ailleurs pour s'approprier le mois suivant Julius, afin de ne pas être en reste, Sextilis devenant Augustus) corrigea de nouveau le calendrier romain et décréta la suppression des années bissextiles pendant 16 ans, rattrapant ainsi 4 jours bissextils erronés.

Ainsi, à l'époque de J.C., le calendrier était encore en avance de 2 jours, ce qui fait qu'un 24 Décembre correspondait vraiment au solstice d'hiver !

Pour être clair, et en adoptant la numérotation astronomique des années négatives (voir plus loin), les années suivantes ont été bissextiles, depuis la création du calendrier Julien:

-44, -41, -38, -35, -32, -29, -26, -23, -20, -17, -14, -11, -8; ensuite -4, 0, 4 et 8 n'ont pas été bissextiles (réforme d'Auguste). Les choses repartent normalement tous les 4 ans à partir de l'an 12, 16, 20 etc...

3/ L'ère Chrétienne (adoptée par l'Eglise en 532 après JC)

Bien entendu, pendant les premiers siècles de notre ère, toutes les dates étaient encore comptées sur la Fondation de Rome (cela dura jusqu'à l'an 284).

Le 29 Août 284 inaugure une nouvelle ère appelée ère des Martyrs (ou ère de Dioclétien).

Le rattachement du calendrier à la naissance de J.C. fut une proposition d'un moine scythe, connu sous le nom de Denys Le Petit ( mort à Rome en 540).

Ses calculs complexes le conduisirent à placer la naissance du Christ le 25 Décembre de l'an 753 de la Fondation de Rome.

L'Eglise adopta sa proposition en 532; en France, son usage devint général sous Pepin Le Bref ( 8ème siècle), mais c'est seulement à partir de l'an 1000 que son usage est mentionné sur les documents officiels.

Avec cette numérotation, l'année précédent l'an 1 est notée " 1 Avant JC "; ainsi le Christ serait né le 25 Décembre de l'an 1 avant JC.

Cette numérotation étant mal commode, surtout pour nos ordinateurs, les astronomes ont adopté (en plus du Jour Julien sur lequel je ne m'attarderai pas) une numérotation négative, faisant intervenir l'an 0.

Ainsi, dans cette numérotation, l'an 1 avant JC devient l'an 0, l'an 2 avant JC devient l'an -1, etc...

Ne vous trompez donc pas en tapant une date antique sur votre logiciel astrologique préféré: l'an 45 avant JC est à taper: -44 ! Et pour ces périodes, vérifiez si votre logiciel corrige les années bissextiles erronées...

4/ Le calendrier GREGORIEN (1582)

Si le calendrier Julien " collait " assez bien au nombre de jours d'une année, il n'était toutefois pas parfait (il suppose une année de 365,25 jours alors que c'est 365,2422).

Ce petit décalage, insignifiant sur quelques années, fait que ce calendrier retarde de 3 jours en quatre siècles.

Ainsi la fête de Pâques fut célébrée de plus en plus tôt, ce qui alerta les autorités ecclésiastiques (Pâques est normalement le Dimanche qui suit la Pleine Lune de printemps).

Elles essayèrent de trouver une solution lors de diverses réunions d'astrologues et de Conciles (Avignon 1344, Constance 1415, Bâle 1434) sans aboutir à une solution satisfaisant tout le monde.

Le problème devint de plus en plus urgent et c'est finalement le concile de Trente (1545 - 1563) qui chargea le pape Grégoire XIII de procéder à une réforme.

Dans ce but il fit ériger au Vatican une tour d'observation et nomma une commission de savants; celui qui finalement trouva le système actuel se nommait Luigio Lilio (on appela son calendrier " calendrier lilien " avant l'usage consacré de " calendrier Grégorien ".)

En 1582, l'équinoxe de printemps tombait le 11 Mars, en avance de 10 jours sur la date théorique du 21 Mars assignée par le concile de Nicée. Pour rétablir l'équilibre, on supprima donc 10 jours en 1582, tout en conservant l'ordre des jours de la semaine. Ainsi le Jeudi 4 Octobre 1582 fut suivi du Vendredi 15 Octobre (pour l'Eglise Romaine); chaque pays adopta cette réforme plus tard. En France, le 9 Décembre 1582 fut suivi du 20 Décembre; certains l'adoptèrent très tard: 1584 pour les états catholiques d'Allemagne et de Suisse, 1700 pour les états protestants des Pays-Bas, d'Allemagne ou de Suisse, 1752 pour l'Angleterre et la Suède. Les pays orthodoxes (Russie, Bulgarie) ne l'adoptèrent qu'au 20éme siècle, et il fallu alors retirer 13 jours.

Ensuite, il fallait une réforme des jours bissextils pour empêcher cette dérive de se reproduire. C'est ainsi que fut décidé:

* Les années multiples de 4 seront bissextiles

* Les années multiples de 100 ne seront pas bissextiles

* Les années multiples de 400 seront bissextiles

La réforme Grégorienne enlève les trois jours de trop tous les 400 ans qui faisaient dériver le calendrier Julien.

Vous avez ainsi la réponse à ma question première:

L'année 2000 sera bissextile, non parce qu'elle est multiple de 4, mais parce qu'elle est multiple de 400.

Les années 1700, 1800 et 1900 par contre n'étaient pas bissextiles !

Aussi le décalage entre les deux calendriers est de 10 jours au XVI et XVII ème siècle, 11 jours au XVIII ème siècle, 12 jours au XIX ème siècle, 13 jours au XX et XXI ème siècle.


Bernard VILLEMIN
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